Résumé
Les régions de montagne constituent un espace géographique, géologique et climatologique très contrasté. Dans ce contexte hétérogène, Alpetunnel relève les valeurs de température, de conductivité et de débit sur 462 points d'eau répartis entre 600 et 2610 mêtres d'altitude sur les versants de Moyenne Maurienne (Savoie), avant le percement du tunnel ferroviaire sous les Alpes, de St Jean de Maurienne à Suze (Italie).
Ainsi pour répondre à la demande politique, économique et scientifique, une base de données informatique sur les sources de versants de moyenne Maurienne a été réalisée. Elle a permis ensuite de faire la synthèse sur les aquifères de versants par grandes unités géologiques.
Si l'on considère les exutoires de versants, la Moyenne Maurienne montre une hydrogéologie globalement très superficielle. Les sources étudiées sont principalement issues des formations quaternaires de recouvrement. Des circulations fissurales plus profondes sont observées dans les quartzites du Trias et les schistes lustrés mais elles sont difficiles à mettre en évidence sur l'ensemble du secteur. Toutefois, les faibles débits relevés au niveau des sources laissent supposer des pertes en profondeur par le réseau fissural ou par l'intermédiaire des contacts tectoniques à gypse.
Abstract
Mountain areas make up a geographical, geological and climatological unit that show a lot of contrasts. Within this heterogenous context, Alpetunnel's job is to record temperature, conctivity and flow at some 462 springs on the slopes of the Maurienne Valley (Savoie, France), at altitudes ranging between 600 and 2610 meters. This is done in view of the building of the railway tunnel under the Alps from St Jean de Maurienne to Suze (Italie).
A computer database on the springs of Moyenne Maurienne was set up in order to answer a joint request from political, economic and scientific partners. As a result, it made a synthesis of mountainside aquiferous rocks according to main geological units possible.
As a rule, the hydrogeology of Moyenne Maurienne is shallow. The springs that have been studied mostly come out of the covering quaternary rocks. Deeper fissure water movements were observed in Trias quartzites and schists but they are not representative of the whole area. However, the low flow of the springs suggests there might be deep underground water losses through fissures or through gypsum tectonic fractures.
Conclusion générale
L'objectif de ce travail était de faire une première synthèse sur l'hydrogéologie des versants de montagne en Moyenne et Haute Maurienne (Savoie) sur le tracé du futur tunnel ferroviaire à travers les Alpes.
Cette étude a débuté par la conception et la réalisation d'une base de données informatique. Celle ci constitue un inventaire des sources de versants et rassemble l'ensemble des informations connues sur la zone d'étude. En particulier, elle reprend les relevés de température, de conductivité et de débit effectués par Alpetunnel sur 462 points d'eau. Le suivi de ces sources a servi ensuite à faire la synthèse sur l'hydrogéologie des versants.
Cadre géographique, géologique et climatologique
La zone d'étude se situe dans le sud du département de la Savoie, en Moyenne et Haute Maurienne, sur les versants de la vallée de l'Arc. Elle concerne dix-huit communes de montagne entre Saint-Julien-Montdenis et Bramans. Les 462 points d'eau suivis sont répartis sur les versants entre 600 et 2610 mêtres d'altitude. Les mesures sont effectuées au pas de temps mensuel pour 293 points et temporairement sur 169 points.
Du point de vue géologique, le secteur d'étude
recoupe les principales zones alpines internes séparées
par des accidents tectoniques majeurs injectés de gypses.
On trouve d'Ouest en Est: les flyschs éocènes à
schistes, grès et calcaires delphino-helvétiques,
puis les calcaires du jurassique de la zone sub-briançonnaise,
ensuite le Houiller constitué de grès et schistes,
et les gneiss du sapey du Briançonnais externe, les micaschistes
paléozoïques supportant les quartzites et dolomies
du Permo-trias et du Trias du Briançonnais interne, et
enfin les schistes lustrés composés de calcschistes
et calcaires du Crétacé reposant sur la "nappe
des gypses".
Ces unités sont recouvertes par des formations superficielles
quaternaires. Il s'agit de moraines, d'alluvions torrentielles,
de cônes de déjection ou d'éboulis.
Les informations recueillies sur les dix stations Météo-France
donnent la tendance climatique générale sur l'ensemble
de la vallée pendant l'étude. Cependant, les stations
de mesure ne dépassent pas 1540 mêtres d'altitude,
elles ne donnent donc pas d'indications sur les conditions de
la haute montagne.
Les précipitations, globalement déficitaires, sont
comprises entre 500 et 900 mm et montrent une grande variabilité
spatiale. L'année 1996 est marquée par une forte
sécheresse jusqu'au mois de mai, suivie par des pluies
estivales et automnales prononcées. L'hiver 1997 est également
dÉficitaire. Les températures moyennes sont proches
des normales malgré des températures estivales basses.
Les mois d'hiver sont caractérisés par des températures
négatives atteignant -5°C en moyenne, tandis que les
mois d'été ont une moyenne de 15°C. La température
est bien corrélée avec l'altitude selon un gradient
qui varie entre -0,40°C/100m en hiver et -0,60°C/100m
en été. Les paramêtres température
et précipitations doivent tout de même être
considérés comme représentatifs d'un endroit
donné à un instant donné.
Les précipitations solides et le retard à l'infiltration
ne sont pas abordés. De plus, le pas de temps mensuel utilisé
pour les mesures de débit sur les sources rend impossible
tout essai de bilan hydrique.
Hydrogéologie des versants de moyenne Maurienne
L'hydrogéologie des versants est abordée par grandes unités géologiques.
Synthèse
Les grandes zones de contact à gypses ne présentent pas d'émergences, le drainage profond semble se diriger vers la vallée de l'Arc.
La Moyenne et Haute Maurienne montre une hydrogéologie globalement très superficielle. Les sources étudiées sont principalement issues des formations quaternaires de recouvrement. Des circulations fissurales plus profondes sont observées dans les schistes lustrés et les quartzites du trias mais elles sont difficiles à mettre en évidence sur l'ensemble du secteur. Aucune source profonde de type thermominérale n'a été décelée.
Les différentes unités géologiques ne montrent pas de différence de température et de débit. Il apparaît toutefois un écart de température de l'eau entre les sources situées en rive droite et en rive gauche de l'Arc. La température moyenne des sources en rive gauche est inférieure de 2°C à celle de rive droite et à la température de l'air. Les températures moyennes de l'eau décroissent avec l'altitude avec le même gradient que la température de l'air jusqu'à 1400 mêtres d'altitude. Au dessus de cette altitude, la température de l'eau se stabilise.
Les valeurs de débits restent faibles, généralement inférieures à 200 l/min. Elles sont difficilement exploitables vu le pas de temps mensuel utilisé et les erreurs liées à la mesure. Leur évolution est souvent restée sans explications.
La minéralisation de l'eau permet d'individualiser les sources de haute altitude. En effet, au dessus de 2100 mêtres d'altitude, toutes les sources étudiées présentent une conductivité inférieure à 200 mS/cm représentative d'une eau de surface. Les conditions climatiques extrêmes engendrent simplement des écoulements épidermiques liés aux précipitations solides stockées sous forme de glacier, de névé ou de glacier rocheux.
Cette étude a permis également de faire le bilan sur l'utilisation des mesures de température, conductivité et débit au pas de temps mensuel pour caractériser les aquifères de montagne. Le pas de temps mensuel est intéressant dans le cas de sources "profondes" typiques qui ne montrent que peu de variations. Il reste cependant insuffisant dans la majorité des cas et en particulier pour différencier les sources superficielles des sources profondes qui subissent des mélanges. Ce sont l'évolution des paramètres température et débit qui sont alors difficilement exploitables. En effet, les événements climatiques (entrées du système) ne sont pas corrélables avec les mesures de température et de débit (sorties du systême). Par contre les valeurs de conductivité sont fiables. Elles sont représentatives de l'aquifere par leur valeur liée à la géologie locale. Associées au débit, elles permettent de mettre en évidence les phénomènes de dilution.