Université Pierre et Marie Curie, Ecole des Mines de Paris & Ecole Nationale du Génie Rural des Eaux et des Forêts

DEA Hydrologie, Hydrogéologie, Géostatistique et Géochimie
Année 1996-1997

BASE DE DONNEES INFORMATIQUE & SYNTHESE HYDROGEOLOGIQUE
sur
LES VERSANTS DE MOYENNE MAURIENNE
(Savoie, France)

Bruno ARFIB

Directeur de recherche: Marc DZIKOWSKI

Laboratoire de Géologie Structurale et Appliquée, Université de Savoie
C.I.S.M., 73376 LE BOURGET DU LAC

Septembre 1997

Résumé

Les régions de montagne constituent un espace géographique, géologique et climatologique très contrasté. Dans ce contexte hétérogène, Alpetunnel relève les valeurs de température, de conductivité et de débit sur 462 points d'eau répartis entre 600 et 2610 mêtres d'altitude sur les versants de Moyenne Maurienne (Savoie), avant le percement du tunnel ferroviaire sous les Alpes, de St Jean de Maurienne à Suze (Italie).

Ainsi pour répondre à la demande politique, économique et scientifique, une base de données informatique sur les sources de versants de moyenne Maurienne a été réalisée. Elle a permis ensuite de faire la synthèse sur les aquifères de versants par grandes unités géologiques.

Si l'on considère les exutoires de versants, la Moyenne Maurienne montre une hydrogéologie globalement très superficielle. Les sources étudiées sont principalement issues des formations quaternaires de recouvrement. Des circulations fissurales plus profondes sont observées dans les quartzites du Trias et les schistes lustrés mais elles sont difficiles à mettre en évidence sur l'ensemble du secteur. Toutefois, les faibles débits relevés au niveau des sources laissent supposer des pertes en profondeur par le réseau fissural ou par l'intermédiaire des contacts tectoniques à gypse.

Abstract

Mountain areas make up a geographical, geological and climatological unit that show a lot of contrasts. Within this heterogenous context, Alpetunnel's job is to record temperature, conctivity and flow at some 462 springs on the slopes of the Maurienne Valley (Savoie, France), at altitudes ranging between 600 and 2610 meters. This is done in view of the building of the railway tunnel under the Alps from St Jean de Maurienne to Suze (Italie).

A computer database on the springs of Moyenne Maurienne was set up in order to answer a joint request from political, economic and scientific partners. As a result, it made a synthesis of mountainside aquiferous rocks according to main geological units possible.

As a rule, the hydrogeology of Moyenne Maurienne is shallow. The springs that have been studied mostly come out of the covering quaternary rocks. Deeper fissure water movements were observed in Trias quartzites and schists but they are not representative of the whole area. However, the low flow of the springs suggests there might be deep underground water losses through fissures or through gypsum tectonic fractures.

Conclusion générale

L'objectif de ce travail était de faire une première synthèse sur l'hydrogéologie des versants de montagne en Moyenne et Haute Maurienne (Savoie) sur le tracé du futur tunnel ferroviaire à travers les Alpes.

Cette étude a débuté par la conception et la réalisation d'une base de données informatique. Celle ci constitue un inventaire des sources de versants et rassemble l'ensemble des informations connues sur la zone d'étude. En particulier, elle reprend les relevés de température, de conductivité et de débit effectués par Alpetunnel sur 462 points d'eau. Le suivi de ces sources a servi ensuite à faire la synthèse sur l'hydrogéologie des versants.

Cadre géographique, géologique et climatologique

La zone d'étude se situe dans le sud du département de la Savoie, en Moyenne et Haute Maurienne, sur les versants de la vallée de l'Arc. Elle concerne dix-huit communes de montagne entre Saint-Julien-Montdenis et Bramans. Les 462 points d'eau suivis sont répartis sur les versants entre 600 et 2610 mêtres d'altitude. Les mesures sont effectuées au pas de temps mensuel pour 293 points et temporairement sur 169 points.

Du point de vue géologique, le secteur d'étude recoupe les principales zones alpines internes séparées par des accidents tectoniques majeurs injectés de gypses. On trouve d'Ouest en Est: les flyschs éocènes à schistes, grès et calcaires delphino-helvétiques, puis les calcaires du jurassique de la zone sub-briançonnaise, ensuite le Houiller constitué de grès et schistes, et les gneiss du sapey du Briançonnais externe, les micaschistes paléozoïques supportant les quartzites et dolomies du Permo-trias et du Trias du Briançonnais interne, et enfin les schistes lustrés composés de calcschistes et calcaires du Crétacé reposant sur la "nappe des gypses".
Ces unités sont recouvertes par des formations superficielles quaternaires. Il s'agit de moraines, d'alluvions torrentielles, de cônes de déjection ou d'éboulis.
Les informations recueillies sur les dix stations Météo-France donnent la tendance climatique générale sur l'ensemble de la vallée pendant l'étude. Cependant, les stations de mesure ne dépassent pas 1540 mêtres d'altitude, elles ne donnent donc pas d'indications sur les conditions de la haute montagne.
Les précipitations, globalement déficitaires, sont comprises entre 500 et 900 mm et montrent une grande variabilité spatiale. L'année 1996 est marquée par une forte sécheresse jusqu'au mois de mai, suivie par des pluies estivales et automnales prononcées. L'hiver 1997 est également dÉficitaire. Les températures moyennes sont proches des normales malgré des températures estivales basses. Les mois d'hiver sont caractérisés par des températures négatives atteignant -5°C en moyenne, tandis que les mois d'été ont une moyenne de 15°C. La température est bien corrélée avec l'altitude selon un gradient qui varie entre -0,40°C/100m en hiver et -0,60°C/100m en été. Les paramêtres température et précipitations doivent tout de même être considérés comme représentatifs d'un endroit donné à un instant donné.
Les précipitations solides et le retard à l'infiltration ne sont pas abordés. De plus, le pas de temps mensuel utilisé pour les mesures de débit sur les sources rend impossible tout essai de bilan hydrique.

Hydrogéologie des versants de moyenne Maurienne

L'hydrogéologie des versants est abordée par grandes unités géologiques.

Synthèse

Les grandes zones de contact à gypses ne présentent pas d'émergences, le drainage profond semble se diriger vers la vallée de l'Arc.

La Moyenne et Haute Maurienne montre une hydrogéologie globalement très superficielle. Les sources étudiées sont principalement issues des formations quaternaires de recouvrement. Des circulations fissurales plus profondes sont observées dans les schistes lustrés et les quartzites du trias mais elles sont difficiles à mettre en évidence sur l'ensemble du secteur. Aucune source profonde de type thermominérale n'a été décelée.

Les différentes unités géologiques ne montrent pas de différence de température et de débit. Il apparaît toutefois un écart de température de l'eau entre les sources situées en rive droite et en rive gauche de l'Arc. La température moyenne des sources en rive gauche est inférieure de 2°C à celle de rive droite et à la température de l'air. Les températures moyennes de l'eau décroissent avec l'altitude avec le même gradient que la température de l'air jusqu'à 1400 mêtres d'altitude. Au dessus de cette altitude, la température de l'eau se stabilise.

Les valeurs de débits restent faibles, généralement inférieures à 200 l/min. Elles sont difficilement exploitables vu le pas de temps mensuel utilisé et les erreurs liées à la mesure. Leur évolution est souvent restée sans explications.

La minéralisation de l'eau permet d'individualiser les sources de haute altitude. En effet, au dessus de 2100 mêtres d'altitude, toutes les sources étudiées présentent une conductivité inférieure à 200 mS/cm représentative d'une eau de surface. Les conditions climatiques extrêmes engendrent simplement des écoulements épidermiques liés aux précipitations solides stockées sous forme de glacier, de névé ou de glacier rocheux.

Cette étude a permis également de faire le bilan sur l'utilisation des mesures de température, conductivité et débit au pas de temps mensuel pour caractériser les aquifères de montagne. Le pas de temps mensuel est intéressant dans le cas de sources "profondes" typiques qui ne montrent que peu de variations. Il reste cependant insuffisant dans la majorité des cas et en particulier pour différencier les sources superficielles des sources profondes qui subissent des mélanges. Ce sont l'évolution des paramètres température et débit qui sont alors difficilement exploitables. En effet, les événements climatiques (entrées du système) ne sont pas corrélables avec les mesures de température et de débit (sorties du systême). Par contre les valeurs de conductivité sont fiables. Elles sont représentatives de l'aquifere par leur valeur liée à la géologie locale. Associées au débit, elles permettent de mettre en évidence les phénomènes de dilution.

Université de Savoie     LGHAM