extrait de : Canadian J. of Earth Sci, 2000, t. 37, n°10, p. 1425-1445.

Modélisation d'un système karstique complexe (bassin de St-Chaptes, Gard, France) : un outil de synthèse des données géologiques et hydrogéologiques.

Modelization of a complex karstic system (St-Chaptes basin, Gard, France) : a tool for the synthesis of geological and hydrogeological data.


Jean-Yves Josnin, Séverin Pistre, et Claude Drogue


Résumé : De nombreux logiciels permettent la modélisation efficace du comportement hydrodynamique des aquifères dans les milieux continus. Pour étudier les transfert de pression dans les milieux discontinus comme les karsts, les modèles de type boite-noire s'avèrent trop restrictifs et les modèles à réseaux de conduits discrets inadaptés à l'échelle des réservoirs. Nous montrons que l'utilisation d'un modèle pour milieux continus peut fournir des résultats intéressants même dans le cas de systèmes complexes, mais requiert une adaptation particulière aux spécificités du karst.
Le problème est abordé par l'étude d'un système hydrogéologique situé dans le Languedoc méditerranéen: le bassin de St-Chaptes. Ce système comprend trois aquifères superposés inclus dans quatre séries stratigraphiques différentes. Le principal aquifère est un karst qui est également en contact latéral avec deux autres karsts qui appartiennent à des systèmes hydrogéologiques différents.
En considérant des données d'ordre géologique en plus des données hydrologiques et en faisant l'hypothèse d'une homogénéisation relative du comportement hydraulique du karst à grande échelle spatiale pour des pas de temps journaliers à mensuels, le modèle qui prend en compte les relations avec les autres aquifères permet :
- une première identification des principales hétérogénéités du réservoir;
- la localisation de barrières et de secteurs peu perméables qui isolent certaines parties de l'aquifère;
- la mise en évidence d'un comportement singulier des niveaux piézométriques dans les parties captives de l'aquifère;
- la caractérisation des échanges avec les autres aquifères qui sont limités en volume mais présents.

Abstract : Numerous softwares allow the efficient modeling of the aquifers hydrodynamic behaviour in continuous media. To study pressure transfert in uncontinuous media like karsts, the black-box models are too reducing and the models considering discrete conduits networks are unsuitable for the reservoir scale. We show that the utilization of a continuous media model can lead to useful results even in the case of complex systems, but needs a peculiar adaptation to karst specificity.
The problem is approached with the example of hydrogeological system located in the mediterranean Languedoc: the St-Chaptes basin. This system consists in three superposed aquifers included in four different stratigraphic series. The main aquifer is a karst in contact with two other karsts which belong to different hydrogeologic systems.
Considering geologic data in addition to hydrologic ones and with the hypothesis of a relative homogenization of the karts hydraulic behaviour at the large spatial scale for daily to mensual steps, the model which is taking into account the relations with the other nappes allows:
- a preliminary first identification of the main heterogeneities inside the reservoir;
- the location of barriers and of low permeability zones which isolate some parts of the aquifer;
- the observation of a curious behaviour of the piezometric levels in the confined zones of the aquifer;
- the characterization of the exchanges with the other aquifers which are weak but exist.

Introduction
La modélisation du comportement hydrodynamique des aquifères est à l'origine de la mise au point de nombreux logiciels dont une dizaine sont commercialisés. La majorité des programmes développés sont adaptés aux milieux continus (aquifères de type milieu continu) et utilisent les méthodes des différences finies ou des éléments finis (Domenico et Schwartz 1997). Pour étudier les transferts de pression en milieu discontinu, en particulier dans les karsts, les modèles utilisés sont de deux types. Les modèles de type boîte-noire (Drogue et Guilbot 1976 ; Atkinson 1977), où le réservoir est supposé unique, statistiquement homogène, établissent une relation univoque entre une entrée identifiable unique et une sortie unique. Les modèles discrets sont souvent des arrangements géométriques de conduits qui utilisent la méthodes des éléments finis (Kiraly 1979 ; Goué 1983 ; Kiraly 1984 ; Eisenlohr et al. 1997). Ils ne peuvent modéliser que des volumes réduits (quelques km3 au mieux) car ils nécessitent des données statistiques fiables.
Les besoins en eau rendent nécessaire l'exploitation d'aquifères très complexes dont les modèles classiques n'expliquent pas le fonctionnement faute de pouvoir identifier et prendre en compte toutes les données nécessaires.
L'utilisation des données d'ordre géologique (tectonique, néotectonique, géomorphologie) en plus des données hydrologiques permettrait de caractériser les différents réservoirs, leur relation mutuelle et d'établir une modélisation plus proche des bilans hydrauliques réels.
Les problèmes de caractérisation évoqués ci-dessus ont été particulièrement présent dans l'étude d'un système hydrogéologique complexe situé dans le Languedoc méditerranéen : le bassin de St-Chaptes (Fig. 1). Ce système comprend trois aquifères superposés inclus dans quatre séries stratigraphiques, qui ont des zones d'échanges limitées dans l'espace. Il est également en contact latéral avec deux karsts qui dépendent de systèmes hydrogéologiques différents.
L'aquifère principal est un karst de 600 km2 d'étendue présent dans une série carbonatée de 400 m d'épaisseur en moyenne. Il est en partie affleurant, en partie sous couverture et n'a jamais fait l'objet d'une étude hydrogéologique, à l'exception de certaines parties affleurantes au Sud-Ouest et au Nord-Est du l'aquifère (Ricolvi 1968 ; Guerre 1971). Il est cependant reconnu comme une ressource potentielle en eau (Drogue et al. 1980). Ce karst polygénique est apparu dès le Crétacé supérieur (Josnin 1999) dans des carbonates du Crétacé inférieur.
Le problème de la gestion et de l'exploitation de cet aquifère karstique du bassin de St-Chaptes se pose depuis 1996. Cela suppose la compréhension du fonctionnement hydrodynamique de ce réservoir, à la fois du point de vue des écoulements internes, mais aussi des échanges avec les autres aquifères présents dans le secteur d'étude.
Le problème est d'identifier puis de caractériser les relations certaines ou supposées entre ce réservoir karstique et les autres aquifères et de reproduire un modèle équivalent de son fonctionnement hydrodynamique. A partir de données climatiques, de suivis piézométriques, de jaugeages de débits de pertes et de résurgences, le modèle doit proposer un bilan des débits d'entrée (y compris masqués) et des débits de sortie (idem) aux différentes limites de l'aquifère. En faisant l'hypothèse d'une homogénéisation relative du comportement hydraulique du karst à grande échelle spatiale pour des pas de temps journaliers à mensuels, il est possible de montrer qu'un modèle prévu initialement pour les milieux continus permet à la fois :
- la prise en compte des relations avec les autres aquifères.
- une première identification des principales hétérogénéités du réservoir.
Ce modèle permet de mettre en évidence ou de confirmer :
- l'existence de barrières et de secteurs peu perméables, qui isolent certaines parties de l'aquifère.
- un comportement singulier de la piézométrie dans les parties captives de l'aquifère.
- que les échanges avec les autres aquifères sont limités en volume mais présents.


Méthodologie
L'aquifère karstique est localisé dans les carbonates mésozoïques (Fig. 2). Il est en partie affleurant, en partie sous couverture et s'étend sur 21 km du Nord au Sud et sur 28 km d'Ouest en Est. Il est en contact avec deux aquifères non karstiques et deux karsts latéraux. Le modèle retenu doit quantifier par un ordre de grandeur les flux échangés entre le karst du bassin de St-Chaptes et les autres aquifères. Les seules informations disponibles sont la localisation et la dimension des surfaces de contact entre les différentes séries aquifères.
La compréhension du fonctionnement interne du karst repose sur la modélisation des transferts de pression à partir de données piézométriques et de débits de pertes et de résurgence.
Un karst peut être schématisé comme un milieu à double porosité (Drogue 1971a) où le premier terme concerne les écoulements dans les conduits (grande perméabilité et faible capacité de stockage), et le second terme les parties fracturées du massif peu ou pas karstifiées (perméabilité faible et capacité de stockage élevée). Dans le détail, le fonctionnement est plus compliqué car les réseaux de conduits eux mêmes peuvent être relativement indépendants (reliés entre eux par une zone fracturée peu perméable par exemple, Drogue et Grillot 1976 ; Morales-Juberias et al. 1996). De plus, la recharge via l'épikarst des zones affleurantes ne suit pas des lois identiques suivant la période du cycle hydrologique (saison sèche ou humide ; Drogue 1971b). Elle réalimente le système des conduits et le système peu perméable dans des proportions variables dans le temps (Jeannin et Grasso 1995).
Les écoulements dans les conduits karstiques sont turbulents. Cependant, si l'on considère le milieu équivalent que représente un réseau de conduits, on peut se ramener, en prenant des précautions, à la loi de Darcy (Kovacs 1986) et aux équations de Dupuit (Bonacci 1995), donc aux lois des milieux continus en régime permanent. Sans conduire à des résultats fiables d'un point de vue quantitatif, l'utilisation des lois d'écoulement en milieu continu permet d'affiner les problèmes qualitatifs (Pulido-Bosch et Padilla-Benitez 1988). Dans certains cas particuliers de karsts captifs profonds sous 1300 m de couverture et d'étendue de l'ordre de 300 km2 (Pistre, S., Fénart, P., 1998. Modélisation hydrodynamique d'un gisement d'hydrocarbures dans un karst sous couverture - Aspect prévisionnel: Le gisement de Rospo Mare. Rapport ELF Idrocarburi Italiana), où l'écoulement naturel est de type pseudo-permanent (sans variations saisonnières), des modèles numériques conçus pour des aquifères continus, dérivés de la famille MODFLOW (Mac Donald et Harbaugh 1988), ont donné de très bons résultats. Souvent, ces modèles ne sont utilisés que lorsque la karstification n'est pas très développée, comme dans les aquifères crayeux du Nord-Pas-de-Calais (Louche et al. 1997) ou dans certains carbonates des Apennins (Angelini et Dragoni 1997).
A l'échelle du bassin étudié (600 km2 ´ 400 m), on peut supposer que l'effet des hétérogénéités spécifiques au karst disparaît. La construction d'un modèle de type milieu continu équivalent (maillé) avec comme objectif la validation des hypothèses que permettent l'analyse des données hydrologiques et géologiques a été retenue. Dans un premier temps, les niveaux piézométriques sont considérés dans leur ensemble. C'est-à-dire qu'ils sont utilisés pour représenter une moyenne de la piézométrie dans l'aquifère, qui ne prend pas en compte les écarts de piézométrie qui existent entre les conduits d'une part, et les parties fracturées peu karstifiées d'autre part.


Données géologiques et hydrologiques


Contexte géologique
L'aquifère karstique est inclus dans les séries du Barrémien inférieur à faciès urgonien, dénommé ici urgonien. Il s'agit de calcaires récifaux, très massifs, dont l'épaisseur varie entre 300 et 500m (Fig.3). La géométrie actuelle des séries urgoniennes (Fig. 3 et Fig. 4) est héritée des différentes phases tectoniques qui se sont succédées depuis le Crétacé inférieur. Le bassin de St-Chaptes s'est développé dans une structure synclinale attribuée à la compression pyrénéenne d'axe Nord-Sud de l'Eocène (Arthaud et Laurent 1995). Cette structure est recoupée, à l'Ouest, par des horsts et grabens Nord-Est/Sud-Ouest à Nord-Sud attribués à l'extension oligocène d'axe Nord-Ouest/Sud-Est (Arthaud et al. 1981 ; Séranne et al. 1995) (Figs. 2, 3 et 4). Ce bassin montre une continuité avec les bassins d'Alès au Nord-Ouest et de Sommières au Sud-Ouest (Fig. 6). A l'Est, la terminaison de la structure synclinale (cf. plus haut) limite le bassin. La structure du bassin a peu évolué depuis le début du Miocène. La compression alpine n'est marquée que par des diaclases de direction voisine de N100 (Vela-Velasquez 1977). Les séries pliocènes sont absentes. Une tectonique würmienne peut être démontrée dans la partie nord-ouest (Josnin et al. 1998). Dans les secteurs ouest et sud de notre zone d'étude, les séries du Paléocène à l'Oligocène inférieur peuvent reposer directement sur l'urgonien dont la partie supérieure montre un épikarst fossile. Dans les secteurs nord et est, la série du Crétacé supérieur est complète, en dehors des zones érodées, et le paléo-épikarst est absent.
L'aquifère karstique occupe une surface de 600 km2 et la karstification est développée sur pratiquement toute l'épaisseur de la série urgonienne au niveau des affleurements. Il est inclus dans le bassin versant du Gardon (2200 km2), rivière longue de 131 km, d'un débit moyen estimé à 50 m3.s-1 à sa confluence.
Une carte du toit de l'urgonien a été proposée à partir de données géophysiques (cartes d'anomalies de Bouguer à l'échelle 1/80000, profils en sismique réflexion) (Josnin, J.-Y., 1996. Structure des calcaires du Barrémien supérieur à faciès urgonien : rapport préliminaire. Rapport interne BRL-i / Université Montpellier II) (Fig. 4). L'évolution du karst depuis la fin du Crétacé, en corrélation avec ces événements géologiques a été décrite dans un autre ouvrage (Josnin 1999).


Les limites hydrogéologiques
Les limites hydrogéologiques latérales du réservoir étudié sont définies à partir des données géologiques et des données de traçages, ces dernières étant en accord avec les données piézométriques.
Les résultats de 17 traçages, réalisés par des équipes de spéléologues ou par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (B.R.G.M.) dans les parties affleurantes de l'urgonien, sont reportés Figure 6. Ces traçages, qui ne visaient qu'à déterminer des directions moyennes d'écoulement, n'ont donc fait l'objet d'aucun traitement quantitatif. Les limites hydrogéologiques de l'aquifère étudié sont les suivantes :
- Au Sud-Ouest, le cœur de l'anticlinal de Lédignan (Fig. 2) constitue une limite étanche. Les traçages montrent que l'aquifère karstique du flanc est de cet anticlinal n'est pas seulement présent dans l'urgonien. La partie de l'Hauterivien qui jouxte l'urgonien, malgré une alternance de bancs marneux et calcaires est également karstifiée et forme avec l'urgonien un même aquifère (pertes Fig. 6). Les séries sous-jacentes sont des marnes et constituent le mur du karst. A l'extrême sud de ce secteur, la limite de l'aquifère est imprécise.
- Au Sud, la limite des affleurements urgoniens est aussi la limite de l'aquifère du bassin de St-Chaptes. En effet, au Sud de cette limite, les écoulements karstiques présents dans les séries du Barrémien inférieur et de l'Hauterivien sont orientés en direction de la Fontaine de Nîmes (exutoire permanent à la côte 51 m N.G.F.). Au Nord de la limite, les écoulements sont tous orientés en direction des gorges du Gardon (Figs. 2 et 6, résurgences pérennes entre 30 m et 26 m N.G.F.). Cette limite, avec un premier aquifère karstique latéral, est soit une crête piézométrique, soit une limite étanche. D'après les traçages et les données piézométriques, l'exutoire principal du réservoir karstique de St-Chaptes semble être la sortie des gorges du Gardon. Il s'agit de l'exutoire aérien car il n'est pas exclu que l'aquifère continue dans l'urgonien jusqu'à la faille de Nîmes.
- A l'Est, l'extension du karst est mal définie. L'anticlinal d'Uzès (Figs. 2 et 6) révèle deux exutoires pour un même réseau karstique. Le traçage le plus oriental représenté ici (Fig. 6) a été réalisé dans un karst indépendant de celui de l'anticlinal d'Uzès (François, J.-M., et Estimbre, L., 1998. Etude de l'aquifère karstique de l'urgonien "Analyse et synthèse des données existantes". Rapport interne BRL-i), bien que présent aussi dans les séries urgoniennes. La fiabilité de ce traçage est douteuse. L'imprécision de la localisation de la limite entre les deux karsts conduit à utiliser dans la modélisation une limite située à l'intérieur de l'aquifère étudié. Cette limite est considérée comme une limite d'alimentation pour le modèle (ajout du flux de la partie amont dont on ignore l'étendue et les contours).
- Au Nord, l'anticlinal de Belvezet (Fig. 2) paraît être la limite septentrionale de l'aquifère de l'urgonien du bassin de St-Chaptes. Le traçage indiqué en pointillés à la Figure 6 n'est pas fiable. Les autres traçages, de part les directions d'écoulement qu'ils indiquent, ont été réalisés dans des réservoirs karstiques différents de celui du bassin étudié, quoique également creusés dans l'urgonien. Ces karsts creusés dans l'urgonien, qui constituent les limites est et nord sont considérés comme le second contact latéral entre le système karstique étudié et d'autres aquifères. L'altitude des résurgences le confirme. La limite nord pourrait se présenter sous la forme d'une crête piézométrique à l'Est de l'anticlinal, alors que le cœur de l'anticlinal, à l'Ouest, est une limite étanche. On remarquera ici également la mise en évidence d'une karstification dans les séries de l'Hauterivien (pertes, Fig. 6).
- Au Nord-Ouest, le synclinal recoupé en horsts et grabens qui relie le bassin de St-Chaptes à celui d'Alès, est une limite d'alimentation au moins au niveau du système de pertes n°1 (Fig. 6)(flux imposé par l'intermédiaire d'un débit d'entrée). Dans le secteur des pertes n°1, et seulement à cet endroit, l'aquifère karstique étudié est en contact avec deux aquifères sus-jacents alors qu'il en est séparé partout ailleurs par des niveaux imperméables (Fig. 5). Le premier est un aquifère fissuré dans les carbonates de l'Eocène terminal dont l'épaisseur varie entre 5 et 100 m. Le second est l'aquifère des séries alluviales du Gardon en amont des gorges, dont l'épaisseur varie entre 0 et 40 m. Les échanges entre le karst, la nappe alluviale et l'aquifère fissuré dans l'Eocène se font donc au voisinage des pertes. Le contact avec un aquifère profond situé au Nord-Est de la zone est possible le long d'une faille N030, mais non démontré.


Les données hydrologiques
Les bilans hydrologiques (pluies, débits aux pertes et résurgences du Gardon)
Le bilan hydrologique est important pour fixer les conditions aux limites du modèle. Il se calcule à partir de :
i- l'estimation de l'infiltration diffuse directe dans l'aquifère (sur l'épikarst affleurant) ;
ii- l'estimation des échanges avec d'autres aquifères, si ces échanges existent ;
iii- l'estimation des débits des pertes et des résurgences du (des) bassin(s) versant(s) qui recoupe(nt) l'aquifère karstique ;
iv- les pompages éventuels.
Dans notre cas d'étude, il n'existe aucun moyen de mesurer les échanges de flux avec d'autres aquifères, même si l'on peut s'attendre à ce que de tels flux existent au niveau des limites nord-est, est et sud de l'aquifère. Ces échanges font donc partie des inconnues.
Les données ont été collectées sur un cycle hydrologique presque complet (de la fin de Juin 1997 à Juin 1998).
Les données. La surface de la zone d'infiltration, déterminée à partir des affleurements et des limites mises en évidence par les traçages, est de 130 km2. L'impluvium est contrôlé par 3 stations pluviométriques (Fig. 8).
Le Gardon comprend 3 grands systèmes de pertes (Fig. 6) et deux systèmes de résurgences pérennes (la source de l'anticlinal d'Uzès et les résurgences de la sortie des gorges du Gardon). L'estimation du débit des pertes et des résurgences repose sur la mesure du débit aérien en amont et en aval des systèmes de pertes ou de résurgences à partir de stations de jaugeages. Le dispositif mis en place permet de calculer le débit d'entrée dans le troisième système de pertes, la somme des débits des deux premiers systèmes de pertes, ainsi que le débit des résurgences des gorges du Gardon. Ce dispositif ne peut fonctionner qu'à l'étiage, les seuils de jaugeage ne permettant pas de mesures en hautes eaux.
L'exploitation des données. Le pas de temps de 2 semaines qui sépare les jaugeages a tendance à lisser les variations de débit et est susceptible de donner des mesures non représentatives du débit moyen de la semaine pendant laquelle la mesure est effectuée. Ceci est vérifié sur le débit global des résurgences, où des mesures au pas de temps journalier ont pu être réalisées sur 7 semaines (Fig. 7c). On remarque quand même que les écarts entre les deux courbes sont inférieurs à 10%.
C'est pourquoi, pour réaliser le bilan des débits d'entrée et de sortie dans le réservoir autres que par échanges avec d'autres aquifères, des courbes de tendances calculées à partir de polynômes d'ordre 6 (Fig. 7a) ont été préférées aux courbes lissées (Fig. 7b).
Les résultats montrent que pendant les 4 mois d'étiage :
- le volume total sorti aux résurgences du Gardon est de l'ordre de 50.106 m3, ce qui est supérieur de 9% au volume des entrées si l'on tient compte d'une infiltration efficace de 40%. Etant donné les incertitudes dues aux dispositifs de mesure (système de pertes n°1 en nappe alluviale), et si l'on fait l'hypothèse que l'on peut négliger les débits de la source d'Uzès (seule autre source pérenne dans le réservoir, les débits maxima mesurés pour cette source représentent 30 % du débit minimum mesuré sur les résurgences du Gardon, soit des erreurs constatées inférieures à 10%), on peut considérer qu'il y a équilibre entre les volumes d'entrée et de sortie.
- il n'apparaît pas de relation linéaire du point de vue temporel entre les deux types de débit d'entrée (pertes et infiltration considérés ensembles ou séparément) et les débits de sortie (Fig. 7d). Un certain parallélisme existe toutefois entre la courbe des débits de sortie et celle des débits d'entrée par les pertes, si l'on fait abstraction des valeurs du mois de juin.
Les corrélations pluies - piézométrie
Le niveau piézométrique mesuré dans un aquifère karstique est différent selon qu'il l'est dans le réseau des conduits ou dans les parties peu perméables (Drogue 1980). Nous faisons ici l'hypothèse qu'à l'échelle spatiale à laquelle nous travaillons, les valeurs du niveau piézométrique mesurées représentent à 5 m près une valeur moyenne de la piézométrie dont on peut suivre l'évolution temporelle.
Les données piézométriques enregistrées du mois de juillet 1997 au mois de juin 1998 permettent de compléter l'information fournie par le bilan des flux, limitée à l'étiage.
Analyse mensuelle. Les données piézométriques disponibles (moyenne mensuelle ou mesure au pas de temps mensuel) sont comparées qualitativement avec la pluviométrie mensuelle mesurée sur l'ensemble du bassin (Fig. 9). On en déduit les informations suivantes :
i- L'amplitude des variations de la piézométrie est inégale suivant les secteurs. Dans les garrigues de Nîmes, en particulier dans les gorges du Gardon (Fig. 2 et 8), la piézométrie varie dans une gamme de 1 à 15 m au cours des 11 mois de suivi (forages F15, F16, F19). Ailleurs, la gamme des variations est comprise entre 15 et 40 m (voir autres forages Fig. 9a).
ii- L'évolution de la piézométrie, d'un forage à l'autre, est variable. La remontée piézométrique de l'automne 1997, générale dans l'aquifère, est concave pour les forages F5, F14 et F15 (Fig. 9b). Pour le forage F8 et celui de F2, la remontée piézométrique est convexe. Il apparaît donc des variations de comportement hydrodynamique dans certains secteurs de l'aquifère.
iii- Le niveau piézométrique moyen dans l'aquifère est maintenu par les débits des pertes du Gardon. Les niveaux piézométriques les plus bas (sur les forages suivis au pas de temps journalier) sont ceux de l'étiage 1997, précédé d'un mois de juin exceptionnellement pluvieux (193 mm). Pendant l'épisode sec de janvier à mars 1998, (moins de 40 mm en 3 mois), le niveau piézométrique baisse mais reste élevé en valeur absolue. Le débit du Gardon en amont de l'aquifère karstique étudié dépend de l'impluvium et du débit des sources dans le massif des Cévennes. Il est faible pendant l'étiage 1997 et probablement moyen (non mesuré) au printemps 1998. Il influence le débit des pertes et donc une partie du débit d'alimentation de l'aquifère. La remontée du niveau piézométrique sur les 3 forages F5, F15 et F16 (Fig. 9c) dès le mois de septembre 1997 (le mois le plus sec de cet étiage) est aussi une conséquence de l'augmentation du débit du Gardon (et des pertes) à la suite d'orages sur le Massif des Cévennes.
iv- Trois forages (F9, F6, F12, non présentés Fig. 9) montrent en moyenne une piézométrie anormalement basse par rapport aux forages qui les entourent et contradictoire avec les gradients d'écoulements indiqués à la fois par les traçages et par la piézométrie globale. La présence de ces points bas s'explique par la présence de pompages, dont les débits et les rabattements, sur ces forages, sont inconnus (forages de particuliers).
Analyse journalière. L'étude au pas de temps journalier de l'effet d'un événement pluvieux isolé montre que les forages les plus rapides à réagir à l'impluvium sont ceux des zones affleurantes. Ils amorcent une décrue dans les 48 h qui suivent l'événement pluvieux (F7, F16, F19, Fig. 10) quand les autres forages continuent à voir leur niveau piézométrique augmenter régulièrement 6 jours après cet événement (F5 par exemple est dans ce cas alors qu'on y observe des rabattements de 0,2 m en 24 h lors d'un pompage à 0,3 m3.h-1, on ne peut donc pas dire de F5 qu'il intersecte une zone peu perméable).
Le fait que les forages inclus dans les parties affleurantes, c'est-à-dire ceux qui sont dans les parties libres de l'aquifère, aient les variations piézométriques les plus rapides montre une anomalie de fonctionnement de l'aquifère. Ce phénomène est discuté dans la section Résultats et discussion.

Fig. 14. Maillage du modèle. Chaque maille, représentée ici par sa face supérieure, est à une altitude différente.

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