Thèse présentée à

L'UFR DES SCIENCES ET TECHNIQUES DE L'UNIVERSITE DE FRANCHE-COMTE

par Laurent JUIF

pour obtenir le Diplôme de Docteur de l'Université de Franche-Comté en Sciences de la Terre

HYDROGEOLOGIE DE LA HAUTE MONTAGNE
APPROCHE DU FONCTIONNEMENT HYDRODYNAMIQUE
DES AQUIFERES DE VANOISE

- SAVOIE - FRANCE -

Soutenue le 13 mars 1991, 258 pages

Composition du Jury:

P. CHAUVE Professeur à l'Université de Franche-Comté Président
J. MANIA Professeur à l'Université de Franche-Comté Rapporteur
J. P. RAMPNOUX Professeur à l' Université de Savoie Rapporteur
G.DE MARSILY Professeur à l'U. P. et M. Curie-Paris VI Examinateur
A. PARRIAUX Docteur ès Sciences, EPF de Lausanne Examinateur
M. DRAY Maître de Conférences, Université d'Avignon Invité
M.O. GUTH Directeur du Parc National de la Vanoise Chambéry Invitée
G. NICOUD Maitre de Conférences, Université de Savoie Invité

Résumé

L'hydrogéologie des massifs montagneux, à des altitudes supérieures à 1500m, est étroitement dépendante d'un contexte spécifique qui se caractérise par:

Le fonctionnement des trois grands types d'aquifères définis a été étudié au travers de quatorze points d'eau représentatifs et répartis sur l'ensemble du Parc National de la Vanoise et sa périphérie immédiate. Les altitudes d'émergence varient entre 1300 et 2600m, alors que leurs bassins versants topographiques culminent parfois à plus de 3000m.

Ces points d'eaux ont été suivis mensuellement au niveau physique, chimique et isotopique pendant 18 mois, d'octobre 1988 à avril 1990. Les deux hivers pris en compte correspondent à deux étiages montagnards peu sévères. L'analyse de ces paramêtres confirme que chaque aquifère caractérisé au niveau géologique est marqué par un fonctionnement hydrodynamique qui lui est propre.
Ainsi:

MOTS CLES: Hydrogéologie - Haute montagne - Vanoise - Alluvions - Evaporites - Calcaires - Chimie - Isotopie.

Abstract


Hydrology in mountainous areas in altitudes highest than 1500m depends directly on a specific context defined by:


The working of these three important types of aquifers has been studied through fourteen representative water commings, distributed on the whole Parc National de la Vanoise and its immediate periphery. The emergence altitudes vary between 1300 and 2600m, while their topographic catchment areas sometimes culminate at more than3000m. These water points have been observed every months in terms of physical,chemical and isotopical characteristics, during 18 months, from October 1988 to april 1990. Both winters considered correspond to slight mountainous lowest flow level periods. The analysis of this parameters confirm that each geologically characterised aquifer is marked by its own hydrodynamical working.

So:

KEY WORDS: Hydrogeology - High mountain - Vanoise - Alluvial deposits - Evaporitic formations - Limestone- Chemistry - Radio isotopy.

Conclusion générale :
Présentation topographique, climatologique et géologique du secteur d'étude

Situé dans le massif de la Vanoise, c'est un pays de montagne fortement contrasté:

Le comportement hydrologique de ces formations permet de distinguer:

Points d'eaux suivis - Paramètres étudiés

Les points d'eau suivis

C'est par l'intermédiaire de leurs émergences que nous avons tenté de comprendre le fonctionnement hydrodynamique des trois types d'aquiféres de haute-montagne précédemment définis.

Dans ce but, des points d'eau ont été choisis en fonction de leur représentativité géologique et spatiale, de leur pérennité, de leur étagement en altitude, et enfin de leur accessibilité. Quatorze exutoires ont ainsi été retenus pour cette étude, dont l'émergence est comprise entre 1300 et 2550 m d'altitude. Parmi eux, cinq sont issus du milieu fissuré, quatre du milieu alluvionnaire, et cinq du milieu évaporitique. Leurs bassins versants topographiques, qui s'étendent parfois à plus de 2800m d'altitude, sont peu repré-sentatifs des aires d'alimentations réelles comme le prouvent l'étude des débits spécifiques mensuels d'étiage et des traçages réalisés sur quelques un des points d'eau étudiés.

Moyens d'étude

Ces émergences ont été suivies mensuellement pendant 18 mois (octobre 1988 - avril 1990) au niveau physique (débit, tem-pérature, conductivité et pH), chimique (12 éléments majeurs) et isotopique (18O et 3H). Près de 3000 mesures ont été recueillies.

Au niveau physico-chimique, les très nombreuses données ont été analysées par des méthodes traditionnelles (étude des variations mensuelles des teneurs, diagrammes de Piper, indices d'échanges de base) et statistiques (Analyse Factorielle des Correspondances ou AFC). Cette dernière a permis de faire ressortir trois familles d'eaux qui correspondent aux trois types d'aquifères que la géologie avait déterminés. C'est pourquoi nous résumerons les principaux résultats par type d'aquifère. L'étude isotopique, tout en confirmant ces résultats, a apporté des informations nouvelles sur le mode de fonctionnement des aquifères, dont les bassins versants hydrogéologiques culminent souvent à plus de 3000m.

Caractéristiques des milieux étudiés

Le milieu alluvionnaire

Les matériaux, localisés dans des ombilics et issus du démantèlement des massifs, sont essentiellement carbonatés. La faible extension géographique de ce type d'aquifère favo-rise de courts temps de transit. La moindre arrivée d'eau provoque des ~effets de chasse~. Ceci explique la faible minéralisation générale des eaux issues de ces nappes superficielles. Les temps de séjour sont d'autant plus courts que les zones d'alimentation sont généralement diffuses (prépondérance du ruissellement) bien que pouvant être mixtes. Le moindre réchauffement climatique provoque une recharge de ce type d'aquifère. Les bassins versants géographiques et hydrogéologiques sont assez bien corrélés.

Le milieu fissuré

Les matériaux constituant ces milieux sont essentiellement carbonatés (calcaires, marbres, dolomies) et quartzitiques. La tectonique a engendré un compartimentage et une intense fracturation. Les axes de drainages préférentiels ainsi créés, liés à de forts gradients, favorisent des vitesses de transit rapides. Mais la fissuration et l'extension plus importante de ce type d'aquifére expliquent des temps de séjour plus longs.

La plupart des sources de Vanoise présentent un faciès chimique marqué par les sulfates. Les eaux issues du milieu fissuré peuvent résulter ici du fonctionnement parallèle de deux systèmes aquifères différents. L'un à l'aval, carbonaté et fissuré, dont les eaux s'imposent en période estivale. L'autre à l'amont ou injecté, évaporitique, dont les eaux prédominent en hiver à l'exutoire. C'est le résultat de la tectonique alpine, aux nombreux chevauchements, décollements et injections de gypses.

La recharge est maximale en été. Elle débute au printemps, lors de la fonte généralisée, par l'intermédiaire de zones d'infil-tration préférentielles, fracturées et dépourvues de sols. Ces aquifères sont sensibles à des évolutions climatiques prononcées, d'ordre saisonnier. Il est sûr que les bassins versants hydro-géologiques s'éloignent de ceux géographiques .

Les temps de transit sont variables en milieu fissuré. Ils sont fonction de la distance qui sépare l'exutoire de son aire d'alimentation, et de la présence d'axes de drainage privilégiés.

Le milieu de zone de contact anormal

Sa nature évaporitique favorise la création de réseaux de dissolution importants qui constituent des axes de drainage privilégiés. La fonction minéralisatrice de ce milieu est liée à la dissolution des gypses qui fournit d'importantes quantités de sulfates et de strontium. Elle n'est pas obligatoirement le signe d'un long temps de séjour. En fait, l'énorme extension de ce type d'aquifère profond ne semble pas engendrer de fonction capacitive réellement importante. Le séjour des eaux dans l'aquifère évaporitique lui-même est relativement court. La stabilité des réponses s'explique par des réserves importantes, au niveau des massifs fissurés, évacuées par le milieu évaporitique par drainance à débit constant.

Les aquiféres évaporitiques collectent les eaux des couvertures carbonatées qui les surmontent. Les temps de transit dépendent de l'épaisseur du massif drainé. La recharge, continue tout au long de l'année, est liée aux réserves en eau contenues dans le milieu fissural des couvertures carbonatées. Des infiltrations localisées sont possibles par le biais d'accidents tectoniques sub-verticaux de grande ampleur. Ils peuvent aussi récupérer les eaux de ruissellement des couvertures imperméables.

Les bassins versants hydrogéologiques sont immenses car ils englobent des massifs entiers. Ils sont sans commune mesure avec les bassins versants topographiques des sources étudiées et peuvent drainer des sous-bassins de grandes dimensions et de nature différente.

En résumé

Cette étude a permis de définir les différents types d'aquifères rencontrés en Vanoise. Leur fonctionnement est régi par les contrastes morphologiques, climatologiques et géologiques propres au milieu de haute montagne. Le comportement des aquiféres de Vanoise est très différent de ce que l'on observe en plaine. Les forts gradients altimétriques, le retard à l'infiltration, les hétérogénéités et discontinuités géologiques sont autant de facteurs qui conditionnent l'hydrodynamique de ces aquiféres de haute altitude

Ce travail se voulait une première approche quantitative et qualitative du fonctionnement des aquifères de Vanoise et plus généralement de haute montagne. De nombreux voiles ont été levés. Pourtant des inconnues subsistent au niveau hydrogéologique tels que:

Figure 99 : Représentation schématique du fonctionnement des aquifères de Vanoise, au format .pdf

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