Autrefois interprété uniquement comme un écroulement des massifs rocheux, il est aujourd'hui bien établi après Goguel et Pachoud (1972) que la catastrophe du Granier de 1248, résulte d'un vaste glissement des marnes consécutif à la chute d'une partie de la falaise calcaire. L'extension du glissement a d'abord été limitée aux gros blocs calcaires disséminés dans les Abymes puis agrandie aux petits blocs noyés dans une gangue argileuse jusqu'à Chacusard au Nord, à Saint Jeoire-Prieuré-Favraz au NE et aux Marches et Mure au SE.
Grâce à de nouvelles recherches de terrain et aux sondages géologiques réalisés pour les tracés TGV, il est nécessaire d'étendre la zone glissée à la vallée du Bondeloge en considérant que le glissement a évolué en coulées boueuses.
Le glissement a également engendré son propre aquifère, avec une signature géochimique particulière, due à la présence de sulfates.

1.2. Le dispositif structural (figure 3)
Le Massif du Granier appartient au grand synclinal oriental du Massif de Chartreuse qui s'étend au Nord depuis la Dent de Crolles. Les calcaires urgoniens sont de bons marqueurs des décalages créés par des décrochements dextres N60° majeurs dont le dernier visible au Nord est celui de l'Alpette (Gidon M., 1969, 1990). D'autres, plus modestes, ont été relevés sur le Granier, comme la faille du Pas de la Porte et, surtout, de part et d'autre de la niche d'arrachement (Cruden D.M. et Antoine P., 1984 ; Pachoud A., 1991). Ces décrochements transforment la structure synclinale perchée initiale en une table monoclinale légèrement basculée de 5° vers l'Est au niveau du Granier, alors que les structures jurassiques et berriasiennes maintiennent un pendage vers l'Ouest de 30 à 45°.
Au Nord du Granier et sans doute en relation avec l'abaissement axial du pli synclinal vers la cluse de Chambéry, les structures présentent un pendage de 12 à 20° vers l'Est, sur lequel s'est calquée la topographie du versant. Nous devons donc admettre que le décrochement qui limite le Granier vers le Nord et par là le glissement du Granier est un décrochement majeur qui doit d'ailleurs se poursuivre dans les Bauges au Nord immédiat de Montmélian.
A ces accidents majeurs, se surimposent des failles plus tardives, de moindre incidence, orientées N30°, N160° et surtout N90° jouant un rôle prédominant dans l'instabilité de la corniche (Bozonnat, 1980).
Toute cette fracturation contribue au prédécoupage des assises calcaires et marneuses, en même temps que le pendage des strates s'oriente franchement à l'Est.

Le calcul des écarts topographiques, réalisé à partir de la reconstitution d'une paléotopographie calée sur les pentes encadrant le glissement, montre qu'une dépression de plus de 180 m s'est creusée au-dessous du Col du Granier, sur plus de 3 km jusqu'à Lachat. Au-delà, vers l'aval, s'étend la zone d'accumulation (figure 7).
Grâce aux sondages, il a été possible de déterminer une surface de rupture des marnes et marno-calcaires néocomiens, sachant que le substratum rocheux affleure vers le haut du glissement, se trouve à 101 m à Lachat et à plus de 30 m au Lac de Bey. L'évaluation du volume déplacé est de l'ordre de 500 millions de m3, comme l'avaient apprécié Goguel J. et Pachoud A. en 1972.
Le mécanisme du glissement (figures 8 à 10 )
Nous approuvons totalement les hypothèses et les conclusions de Goguel et Pachoud (1972) qui considèrent la catastrophe du Granier comme " un glissement de l'ensemble des terrains sur une surface de stratification des marnes valangi-niennes ", de pendage conforme à la pente, le déclenchement étant lié à la chute d'une partie de la corniche, pré-tranchée par les failles transverses N90°.
Le déplacement des marnes s'est accéléré après élévation de la température lors du glissement strates sur strates et vaporisation de l'eau interstitielle. De ce fait, le glissement de terrain a évolué rapidement en coulées boueuses, entraînant avec elles les éléments calcaires écroulés au préalable (éboulis, écroulements localisés et surtout chute d'un pan entier de la falaise du Granier). Le volume des calcaires transportés peut être évalué à 5 millions de m3.
Le prédécoupage de la structure du pli monoclinal du Granier, au niveau des calcaires urgoniens mais aussi et surtout de l'assise néocomienne, en un couloir large de 2 km, d'orientation NE, a déterminé les conditions d'un glissement des assises marneuses.
Enfin, la disposition de la corniche tithonique et la disposition des rides morainiques, perpendiculaires aux flux boueux, a conditionné leur répartition vers l'aval.
