Valorisation des patrimoines

Compte rendu du séminaire du 17 juin 2005

 

Sylvain Couterand, membre associé du Laboratoire Edytem : l’inscription du massif du Mont-Blanc au patrimoine mondial de l’Humanité.

L’exposé fait état des critères mis en avant dans le dossier d’inscription. Ils sont principalement au nombre de quatre : la « beauté du paysage », avec tout ce que cela suppose de subjectivité ; la géologie, et en particulier la présence du granite du Mont-Blanc ; la diversité des formes glaciaires, avec des glaciers de différents types, des glaces froides et des glaces tempérées, et une mémoire glaciaire des fluctuations très bien conservée et documentée ; et la biodiversité du massif. Le dossier de classement est porté par l’association Pro-Mont-Blanc. Les aspects culturels sont intégrés dans le dossier, par exemple pour ce qui concerne l’histoire de la glaciologie, mais il s’agit du classement du massif en tant que « bien naturel ».

A titre de comparaison, sont rappelées les modalités sur lesquelles a été classé l’ensemble Jungfrau-glacier d’Aletsch. Les critères de la diversité lithologique et de l’englacement avaient également été pris en compte ; en revanche, malgré la très belle forêt de mélèzes qui occupe la rive droite du glacier d’Aletsch, le critère de biodiversité n’avait pas été avancé par les Suisses. Cet ensemble est aujourd’hui en instance d’extension, en direction du Grimsel (formes de polis glaciaires + aménagement hydro-électriques en haute montagne).

 

Alain Becchia, professeur d’histoire à l’Université de Savoie, responsable du Master 2 « Patrimoine industriel, scientifique et technique » : La notion de patrimoine industriel.

L’exposé débute par un historique de la prise en compte de ce patrimoine, sensible dès les années 1950 en Angleterre avec une première conférence internationale organisée en 1973 auprès de l’Iron Bridge. En France, le CNAM lance une enquête avec début d’inventaire en 1975. Il s’agit là d’une patrimonialisation de compensation, post-crise industrielle, qui va privilégier les bâtiments anciens, répondant au critère de monumentalité (usines style châteaux ou forteresses), présentant des matériaux nobles… et donnant finalement une image gratifiante mais pas forcément représentatives des réalités industrielles.

La patrimonialisation se heurte en effet à de nombreux obstacles : critères de classement énoncés dans la loi de 1913 peu adaptés, divergences d’appréciation sur le plan esthétique, impacts sur l’image des territoires, convoitises sur les terrains, problèmes de conservation, absence de plan d’ensemble sur ce qu’il convient de protéger, difficulté à conserver les machines en même temps que les murs, puis à les entretenir, à les faire fonctionner… L’un des principaux problèmes tient à la brièveté du moment propice à la patrimonialisation : il est très délicat d’anticiper lorsque l’entreprise fonctionne encore, et la greffe patrimoniale ne prend pas si l’on a laissé passer trop de temps !

A ce jour, environ 450 sites industriels sont protégés en France, une quinzaine sont inscrits ou classés chaque année.

 

Philippe Hanus, archéologue au Centre Permanent d’Initiation à l’Environnement du Vercors :

Il s’agit de présenter divers types d’intervention sur le patrimoine portés par un CPIE dont la vocation a longtemps été perçue comme plus naturaliste. C’est la filiation scientifique entre Musée dauphinois et PNR du Vercors qui explique l’attention portée ici aux travaux de fouilles archéologiques et de collectes ethnographiques, que la Parc a appuyés depuis sa création. Dans les années 1990, c’est la municipalité de Lans qui a sollicité le CPIE pour encadre un travail sur la mémoire orale des hameaux.

Parmi les actions menées depuis lors, trois exemples sont exposés :

            1. Une recherche sur l’histoire des rapports entre l’homme et la forêt, avec une attention particulière à la mémoire des charbonniers. Cette mémoire n’a souvent retenu que la dernière phase du charbonnage, celle qui commence à la fin du XIXème siècle avec l’arrivée de charbonniers italiens, alors que l’activité est bien plus ancienne et que son histoire montre tous les liens que le Vercors entretenait avec les régions voisines. Cette recherche va donc à l’encontre de l’image dominante du « Vercors citadelle ».

            2. Une recherche sur les mobilités dans l’espace social passé et présent, sur la base d’enquêtes auprès des écoles entre autres. La volonté est forte ici d’impliquer les populations pour favoriser une prise de conscience.

            3. Des actions sur la mémoire de la Résistance à un moment où les rescapés sont moins nombreux et moins actifs dans le tissu associatif ; le colloque et les interventions artistiques organisées à Vassieux pendant l’été 2004 se plaçaient au-delà de l’historicité de la Résistance en Vercors et fondaient la légitimité du Vercors à évoquer toutes les Résistances.

 

Mélanie Duval et Christophe Gauchon, Laboratoire EDYTEM : les Opérations Grands Sites.

La politique des Opérations Grands Sites a été lancée au tout début des années 1980 par le ministère de l’Environnement (aujourd’hui de l’Ecologie) pour restaurer le prestige de certains « grands sites » en régulant leur aménagement et leur fréquentation. De telles opérations rentrent très directement dans les problématiques de recherche de l’équipe III du Laboratoire EDYTEM autour des processus de patrimonialisation.

Elles interrogent tout d’abord sur la conception du patrimoine et des interventions que le patrimoine rend nécessaires. Parmi les critères énoncés par le ministère, le fait d’être « un espace d’intérêt national » ou la notion de notoriété posent de réels problèmes de définitions.

Une fois les objectifs définis, la conduite des OGS paraît éminemment problématique, ce qu’attestent bien les frises chronologiques réalisés sur la base de la documentation disponible : l’OGS Château-Gaillard, lancée dès 1980, en est encore à la phase des études préalables, alors que de nombreuses autres OGS ont été abandonnées avant la phase opératoire.

Enfin, la confrontation avec les autres outils de protection et de valorisation patrimoniales (parcs, réserves…) montre bien que l’OGS ne peut pas être comprise isolément mais interagit presque toujours avec d’autres processus de spécification de l’espace. L’inauguration en 2004 d’un label « Grand Site de France » décerné à quatre sites (pointe du Raz, Sainte-Victoire, Pont du Gard et aven d’Orgnac) a renforcé encore cette tendance.


 - Sylvain COUTTERAND (Membre associé Laboratoire EDYTEM)
Le projet de classement UNESCO du massif du Mont Blanc : Etat d’avancement, comparaison avec la Jungfrau-glacier d’Aletsch (classement 2001).
 
- Mélanie DUVAL (Doctorante EDYTEM)
 et Christophe GAUCHON (MCF, Géographie, EDYTEM)
Les opérations Grand Site : un outil de gestion des patrimoines ?
 
- Alain BECCHIA (Professeur d’histoire, Université de Savoie)
La notion de patrimoine industriel.
 
- Philippe HANUS (Docteur en histoire, CPIE Vercors)
Mise en valeur du patrimoine local : Exemple d’actions sur le plateau du Vercors.