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Calendar-dated glacier variations in the western European Alps during the Neoglacial : the Mer de Glace record, Mont Blanc massif

Reconstitution des fluctuations de la Mer de Glace depuis 4000 ans

Publication dans Quaternary Science Reviews

Vue sur la Mer de Glace et sa moraine latérale droite (centre bas) où a été menée l’étude. (photo M. Le Roy)

Les glaciers de montagne sont l’un des meilleurs indicateurs des variations du climat à toutes les échelles de temps. Retracer les fluctuations anciennes des glaciers s’avère donc primordial pour mieux comprendre l’origine des changements climatiques passés et pouvoir également mieux quantifier ceux du futur. La région alpine possède certaines des reconstitutions glaciaires les plus précises au niveau mondial, que ce soit sur les derniers siècles grâce à l’abondance de la documentation historique disponible, ou bien sur la période holocène grâce aux travaux dont ont fait l’objet quelques glaciers suisses et autrichiens depuis 30 ans. Néanmoins, aucune reconstitution à haute résolution des variations glaciaires n’avait encore été menée dans les Alpes françaises. Une équipe du laboratoire EDYTEM associée à l’Institut de Géographie de l’Université d’Innsbruck et à des chercheurs de l’Université d’Aix-Marseille a utilisé la dendrochronologie pour dater les arbres enfouis dans sa moraine latérale par la Mer de Glace, le plus grand glacier français, lors de ses périodes d’avancées, et ainsi reconstituer ses variations depuis 4000 ans.

La dendrochronologie est la méthode de datation la plus précise existant pour les 10000 dernières années. Le processus de datation permet d’attribuer à chaque cerne de croissance présent dans les échantillons son année exacte de formation. Dans le cas d’un tronc bien conservé, la date de mort de l’arbre pourra alors être déterminée à l’année, voire à la saison près. Sur le site de la Mer de Glace, les échantillons de bois ont été prélevés dans la moraine latérale droite. Cette formation sédimentaire d’une centaine de mètres de haut possède aujourd’hui un profil quasi vertical. Elle résulte de l’accumulation des débris rocheux et des sédiments fins déposés par le glacier lors de ses phases de crue. A l’inverse, pendant les périodes chaudes, l’espace abandonné par le glacier a bien souvent été recolonisé par les arbres (ici des pins cembro). De ce fait, lors des périodes d’avancées, le glacier a en quelque sorte fossilisé ces arbres dans les sédiments déposés sur ses marges. Les troncs ont ensuite été conservés dans de véritables ‘strates à bois’ au sein des sédiments glaciaires. Leur bonne préservation tient à l’absence d’oxygène dans ces pièges sédimentaires. Avec le retrait marqué de ces dernières décennies, responsable du fort abaissement de la surface du glacier, plusieurs ‘strates à bois’ étagées sont apparues dans la moraine, rendant leur échantillonnage possible. Cinq années de prélèvements ont été nécessaires pour établir le corpus de 240 échantillons qui a permis de dater 10 avancées de la Mer de Glace. La première avancée dont les traces ont pu être retrouvées a connu son maximum vers 1544 avant JC, soit contemporaine de l’Âge du Bronze ancien. D’autres avancées majeures ont été établies pendant le Haut (7e s après JC) et le Bas Moyen Âge (12e s ap. JC) ainsi que pendant le Petit Âge Glaciaire (1270-1860 ap. JC), période pendant laquelle les sources iconographiques historiques prennent progressivement le relais des troncs d’arbres comme outil de datation à la Mer de Glace.

Article : Melaine Le Roy, Kurt Nicolussi, Philip Deline, Laurent Astrade, Jean-Louis Edouard, Cécile Miramont, Fabien Arnaud (2015). Calendar-dated glacier variations in the western European Alps during the Neoglacial : the Mer de Glace record, Mont Blanc massif, publié dans Quaternary Science Reviews le 26 Novembre 2014.

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