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30 avril 2015, 14h | Séminaire EDYTEM

Karst et paléontologie du Granier

Bât. Pôle Montagne (amphi), campus du Bourget du lac, Université Savoie Mont Blanc

Enregistrements chrono-environnementaux du karst du Granier : des héritages tertiaires aux gisements d’ours et bouquetins préhistoriques


– par Fabien Hobléa

Le Mont Granier (1933m), sommet emblématique de la région chambérienne, forme un haut-plateau de 3 km2 constituant l’extrémité septentrionale de la Réserve des Hauts de Chartreuse. Les calcaires urgoniens qui le couronnent sont, fortement karstifiés et présentent une densité d’orifices et de réseaux karstiques parmi les plus élevées au monde. Cette caractéristique est la marque d’une longue genèse polyphasée reconnaissable depuis près de 5 Ma, qui a permis d’enregistrer les grandes évolutions paléogéographiques plio-quaternaires de cette région des Alpes. Les études spéléo-karstologiques qui y ont été menées depuis les années 1990 en ont fait un site de référence et de comparaison pour la karstogenèse et la morphogenèse alpine. Ces travaux ont également été menés en interaction avec les études paléontologiques concernant les gisements d’Ours des cavernes du massif, dont la célèbre Balme à Collomb, ou encore la Cuvée des Ours, ainsi plus récemment que le gisement à bouquetins fossiles du gouffre Tempiette.

La Balme à Collomb, une importante grotte à hibernation d’ours des cavernes (ursus spelaeus)


– Par Michel Philippe

Le 13 novembre 1988, après plusieurs séances de désobstruction, Pierre Guichebaron et Marc Papet, deux membres du Spéléo-Club de Savoie, accédaient à de vastes galeries alors inconnues et découvraient un important gisement d’ours des cavernes, Ursus spelaeus. La découverte ayant été aussitôt signalée aux autorités compétentes, des fouilles ont pu être organisées pendant six étés consécutifs, de 1989 à 1994.

Ces fouilles ont révélé un gisement exceptionnellement bien conservé, témoignant d’une grotte utilisée par les ours des cavernes pour leur hibernation pendant plusieurs milliers d’années, ce qui explique l’abondance du matériel paléontologique, réparti sur plus de 3000 m2, dont d’importants éléments squelettiques en connexion anatomique, ce qui est peu courant.

Les études ont notamment porté sur la formation du gisement et sa stratigraphie, en pleine période glaciaire, dans un environnement naturel peu différent de celui d’aujourd’hui quoique nettement plus rigoureux. Ont également été abordés les aspects paléodémographiques (autrement dit le sex-ratio et les tranches d’âges), paléopathologiques (autrement dit l’état sanitaire de la population ursine) et même paléogénétique (recherches sur l’ADN mitochondrial). Le comportement charognard, et même le cannibalisme de ces ours, ont été remarqués et mis en évidence.

À noter que, dans l’attente d’une monographie exhaustive, ces fouilles sont à l’origine d’un « musée de l’Ours des Cavernes » au village d’Entremont-le-Vieux. Elles ont aussi été le point de départ d’un inventaire, le plus complet possible, de l’ensemble des gisements paléontologiques existant sur le massif du Granier et sur l’ensemble du massif de la Chartreuse.

La grotte Tempiette : un aven piège à bouquetin et chamois


– par Christophe Griggo

La grotte Tempiette, découverte en 1989 par le Spéléo-Club de Savoie, est située sur le versant sud du Granier. Il s’agit d’une petite grotte au fond de laquelle s’ouvre un puits profond de 32 m, qui a fonctionné comme un piège naturel où sont tombés accidentellement de nombreux animaux, constituant ainsi un véritable ossuaire.

Deux campagnes de fouilles, en juillet 2012 et 2013, ont permis de recueillir plus de 10 000 vestiges osseux. Les bouquetins (28 individus) et les chamois (15 individus) sont les plus abondants. Ont également été identifiés deux ours bruns, un lièvre variable, deux belettes, une fouine, plusieurs écureuils, un aigle royal, ainsi que de nombreux rongeurs et chauves-souris.

Les datations 14C actuellement disponibles montrent que ce site a principalement fonctionné au début de l’Holocène.

La grotte Tempiette constitue un site paléontologique qui s’est formé dans des conditions environnementales comparables à celles des sites archéologiques proches. Il pourrait donc constituer un excellent référentiel taphonomique d’accumulation naturelle qui serait unique en contexte de karst de montagne et permettrait, par la suite, de mieux comprendre les accumulations osseuses dans les sites anthropiques alpins.

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